🎓 Modules formation
Faire remonter les risques plutôt que les arguments de vente
Inverser la charge de la preuve, parce que le corpus penche du mauvais côté.
Pourquoi c'est important
Demande à une IA ce qu'elle pense d'un projet crypto : tu obtiendras deux paragraphes favorables, un paragraphe de risques génériques, et une conclusion prudente.
Ce n'est pas de la complaisance délibérée. C'est le reflet du corpus : l'essentiel de ce qui s'écrit sur un projet est écrit par ce projet ou par des gens qui le détiennent. Ce chapitre t'apprend à inverser la charge de la preuve.
Ce que tu vas apprendre
- →Pourquoi la sortie par défaut penche vers le favorable
- →Les formulations qui inversent la charge de la preuve
- →Comment faire jouer un rôle contradictoire au modèle
- →Pourquoi demander « les risques » ne suffit pas
- →Le test qui vérifie que l'exercice a réellement eu lieu
Le biais
D'où vient la complaisance
Un modèle a appris sur ce qui existe. Sur un projet crypto donné, ce qui existe est composé de sa documentation, de ses annonces, d'articles reprenant ses annonces, et de messages de détenteurs.
Les analyses critiques existent aussi, mais elles sont minoritaires — et souvent postérieures à l'effondrement, donc absentes pour les projets encore vivants.
La moyenne de ce corpus est favorable. Demander « que penses-tu de X » revient donc à demander une synthèse d'un ensemble de textes majoritairement promotionnels.
Pourquoi « liste les risques » ne suffit pas
Demander les risques produit une liste générique : volatilité, réglementation, concurrence, risque d'exécution. Elle est vraie pour tous les projets, donc elle ne distingue rien.
La demande doit porter sur des risques SPÉCIFIQUES et VÉRIFIABLES dans les données que tu fournis. « Volatilité élevée » n'est pas une information ; « 38 % de l'offre débloquée dans les quatre mois au bénéfice d'investisseurs entrés vingt fois plus bas » en est une.
L'inversion
Trois formulations qui changent la sortie
| Formulation | Effet |
|---|---|
| « Pourquoi ce projet pourrait-il valoir zéro dans deux ans ? » | Force un scénario défavorable argumenté |
| « Quels chiffres, dans ces données, contredisent la thèse ? » | Ancre la critique dans tes données |
| « Que dirait un investisseur qui a vendu ce projet ? » | Fait produire un point de vue absent du corpus |
La première est la plus efficace
« Pourquoi ce projet pourrait-il valoir zéro » ne demande pas un avis : elle demande la construction d'un scénario. Le modèle doit alors chercher les enchaînements plausibles menant à l'échec, ce qui produit un contenu structurellement différent d'une liste de risques.
Elle a aussi un effet secondaire utile : si le modèle peine à construire ce scénario, c'est en soi une information. Certains projets sont difficiles à faire échouer sur le papier — un réseau établi, des revenus réels, une offre entièrement distribuée.
Attention toutefois : la facilité à imaginer un échec ne mesure pas sa probabilité. Elle mesure la fragilité des hypothèses, ce qui est différent et tout aussi utile.
Le rôle
Faire jouer un contradicteur
Assigner un rôle change la sortie plus efficacement qu'une consigne de ton.
« Tu es un gérant de fonds qui doit expliquer à son comité pourquoi il REFUSE d'investir dans ce projet. Rédige ton argumentaire en trois points, en citant uniquement les chiffres fournis. »
Cette formulation produit un texte différent d'une demande de critique, parce qu'elle donne un objectif : convaincre quelqu'un. Le modèle sélectionne alors les arguments les plus forts au lieu d'énumérer.
Fais ensuite l'inverse — l'argumentaire du gérant qui investit — et compare la solidité des deux. C'est la partie la plus instructive : souvent l'un des deux est nettement plus étayé que l'autre, et ce déséquilibre est ta réponse.
Le contrôle
Vérifier que l'exercice a eu lieu
Trois signes qu'on t'a rendu une liste générique
Les risques cités s'appliqueraient à n'importe quel projet du secteur — remplace le nom par un autre, le texte tient encore.
Aucun chiffre de tes données n'est cité à l'appui.
La conclusion réintroduit un équilibre que tu n'avais pas demandé (« malgré ces risques, le projet reste prometteur »).
Dans les trois cas, reformule en exigeant : « chaque risque doit s'appuyer sur un chiffre précis parmi ceux que je t'ai fournis, et ne doit PAS pouvoir s'appliquer à un concurrent ».
À toi
Fais plaider les deux camps
✏️ Exercice
Prends un projet que tu détiens ou envisages. Fournis tes chiffres, puis demande successivement deux argumentaires en trois points : celui d'un gérant qui REFUSE d'investir, puis celui d'un gérant qui investit. Impose dans les deux cas de ne citer que tes chiffres. Compare ensuite lequel des deux textes est le plus étayé.
À retenir
L'essentiel en 5 points
À retenir
- ◆La sortie par défaut penche vers le favorable parce que le corpus disponible sur un projet est majoritairement écrit par ce projet.
- ◆« Liste les risques » produit une liste générique, vraie pour tous, donc sans valeur discriminante.
- ◆« Pourquoi ce projet pourrait-il valoir zéro » demande un scénario, pas un avis — et change la nature de la réponse.
- ◆Assigner un rôle avec un objectif produit une sélection d'arguments, là où une consigne de ton produit une énumération.
- ◆Fais plaider les deux camps : le déséquilibre entre les deux textes est plus informatif que leur contenu.
Test
Vérifie que c'est acquis
Teste-toi
Q1. D'où vient la tendance favorable des réponses sur un projet crypto ?
Q2. Pourquoi « liste les risques » ne suffit-il pas ?
Q3. Quel effet a la question « pourquoi ce projet pourrait-il valoir zéro dans deux ans ? »
Q4. Comment savoir qu'on t'a rendu une liste générique ?
🚀 Mets-le en pratique