🎓 Modules formation
Les narratives : comment elles naissent et meurent
Une explication rétrospective qu'on prend pour une prévision.
Pourquoi c'est important
Chaque cycle a ses thèmes : la finance décentralisée, les jetons non fongibles, le jeu, l'intelligence artificielle, les actifs du monde réel, les réseaux d'infrastructure physique. À chaque fois, un secteur monte fortement et l'on explique après coup pourquoi c'était évident.
Ce chapitre ne cherche pas à deviner le prochain thème — personne ne sait le faire de façon répétée. Il t'apprend à situer un thème dans son cycle de vie, ce qui est observable, et à distinguer un secteur qui produit quelque chose d'un secteur qui produit du discours.
Ce que tu vas apprendre
- →Ce qu'est une narrative, et pourquoi elle explique toujours mieux le passé
- →Les quatre phases de son cycle de vie
- →Comment savoir dans quelle phase on se trouve
- →Le test qui sépare un secteur réel d'un habillage
- →Pourquoi le meilleur projet d'un thème n'est pas celui qui monte le plus
La définition
Une explication qui se prend pour une prévision
Une narrative est une histoire simple qui explique pourquoi un secteur devrait valoir plus. Elle est utile : elle permet à des capitaux de se coordonner sur un thème sans que chacun ait à tout analyser.
Son défaut est structurel : elle se forme APRÈS que le mouvement a commencé. Quand elle devient claire au point d'être partout, une grande partie du chemin est faite — et ceux qui arrivent avec l'histoire arrivent après ceux qui l'ont écrite.
Ce n'est pas une raison de les ignorer. C'est une raison de les situer dans le temps plutôt que de les croire.
Le cycle
Quatre phases, reconnaissables
| Phase | Ce qu'on observe | Qui achète |
|---|---|---|
| Amorce | Quelques projets, peu de couverture, prix bas | Spécialistes du secteur |
| Reconnaissance | Les médias spécialisés en parlent, les prix décollent | Investisseurs actifs |
| Généralisation | Tout le monde en parle, des projets se renomment | Grand public |
| Épuisement | Les nouveaux projets ne montent plus, l'attention se déplace | Les derniers arrivés |
Le signe le plus fiable de la phase 3
Des projets qui n'ont rien à voir avec le thème se renomment pour l'adopter. Un protocole de prêt devient « alimenté par l'IA », un jeu ajoute un jeton, une plateforme ajoute un mot à son nom.
Quand cela commence, le thème n'est plus une information : il est devenu un argument de vente. Et un argument de vente repris par tout le monde ne distingue plus rien.
C'est un signal facile à observer, gratuit, et bien plus précoce que les prix : les renommages précèdent souvent le sommet de plusieurs semaines.
Le tri
Secteur réel ou habillage
Le test en une question
Retire le mot du thème et regarde s'il reste quelque chose.
Un projet d'infrastructure physique décentralisée qui exploite réellement des antennes et facture des clients reste un projet si on lui retire l'étiquette. Un projet qui n'a qu'un jeton, un site et une promesse ne survit pas à l'opération.
Applique ensuite les mesures du module 4 : y a-t-il des frais encaissés, des utilisateurs qui reviennent, une adoption qui coûte cher à falsifier ? Une narrative ne dispense d'aucune de ces questions — elle sert justement à faire croire qu'elle en dispense.
| Thème | La question qui tranche |
|---|---|
| Intelligence artificielle | Le jeton sert-il à quelque chose, ou est-ce un habillage ? |
| Actifs du monde réel | Qui garde l'actif réel, et sous quelle juridiction ? |
| Infrastructure physique | Y a-t-il des équipements déployés et des clients qui paient ? |
| Jeu | Y joue-t-on sans y gagner d'argent ? |
Ces exemples sont datés — la méthode ne l'est pas
Les thèmes ci-dessus sont ceux de 2024-2026. Ils seront remplacés, et cette liste vieillira.
Ce qui ne vieillira pas : les quatre phases, le signe des renommages, et le test consistant à retirer le mot du thème pour voir ce qui reste. Applique-les au thème qui dominera dans trois ans, dont ni toi ni moi ne connaissons le nom.
Le contre-intuitif
Le meilleur projet n'est pas celui qui monte le plus
Pendant une phase de généralisation, les projets qui montent le plus fort sont souvent les plus petits et les plus vides — parce qu'ils sont les plus faciles à faire monter et qu'ils n'ont aucun fondamental pour retenir le prix.
Le projet le plus sérieux d'un thème monte généralement moins vite, et il est le seul à survivre à la phase d'épuisement.
D'où une décision à prendre explicitement, avant d'entrer : joues-tu le thème ou le projet ? Les deux sont défendables, mais ils n'appellent pas les mêmes tailles de position, ni les mêmes horizons, ni les mêmes règles de sortie.
À toi
Situe un thème dans son cycle
✏️ Exercice
Choisis un thème dont on parle actuellement. Cherche trois éléments : depuis quand les médias spécialisés en parlent, si des projets se sont renommés pour l'adopter, et si les nouveaux projets du secteur montent encore à leur lancement. Conclus sur la phase. Puis prends les deux plus gros projets du thème et applique-leur le test du retrait du mot.
À retenir
L'essentiel en 5 points
À retenir
- ◆Une narrative se forme APRÈS le début du mouvement : quand elle est claire, une partie du chemin est faite.
- ◆Quatre phases : amorce, reconnaissance, généralisation, épuisement.
- ◆Le signe le plus fiable de la phase 3 est le renommage de projets sans rapport avec le thème.
- ◆Retire le mot du thème : s'il ne reste rien, c'est un habillage — et les questions du module 4 restent toutes à poser.
- ◆Le projet qui monte le plus est souvent le plus vide ; le plus sérieux monte moins et survit à l'épuisement.
Test
Vérifie que c'est acquis
Teste-toi
Q1. Pourquoi une narrative claire est-elle un signal tardif ?
Q2. Quel est le signe le plus fiable qu'un thème est en phase de généralisation ?
Q3. Comment distinguer un secteur réel d'un habillage ?
Q4. Pendant une phase de généralisation, pourquoi les projets les plus vides montent-ils souvent le plus ?
🚀 Mets-le en pratique